Le 8

8h21
Il fait encore noir. Il fait froid. Il fait humide.
La lumière du réverbère couvre le monde d’une patine jaunâtre.
C’est un peu dark à cette heure-ci, il y a relativement peu de monde.
Elle aime bien le petit matin. À 7h c’est encore mieux. C’est peut-être l’impression de servir à quelque chose, faire quelque chose de sa journée, ou alors.. bah… ce sont juste des histoires qu’Elle se raconte pour voir le côté positif d’être à l’arrêt du bus lorsqu’il fait toujours noir.
8h23
Il est à nouveau en avance. Pas possible. Ça se trouve ils ont des amendes s’ils sont en retard…
On voit une luminescence orange indéfinie qui s’approche et puis au fur et à mesure on lit : “8 SAINT GRÉGOIRE”.
Elle fait un pas en avant, semblant de rien. Elle n’aime pas trop se manifester au chauffeur. Elle reste discrète.
Elle monte. Docile.
Elle dit “Bonjour”. C’est toujours le côté positif des choses. Elle a appris : en France il faut dire “Bonjour”. Elle dit “Bonjour” comme si c’était toujours un beau jour. Déjà qu’on y est, au moins on ne se fait pas chier.
Elle avance, elle s’assoit.
Elle observe.
Gens qui lisent.
Une fille lit “Une bonne épouse indienne”, la bouche ouverte, tellement elle y est plongée dedans. La jambe pliée qui occupe aussi le siège d’à côté. On se demande comment elle arrivera à ne pas rater son arrêt. Pourtant… elle se lève au bon moment.
Un mec lit “L’élégance du hérisson”, le même bouquin qu’Elle. C’est drôle. En plus ils travaillent dans le même bâtiment. Ça fait deux semaines qu’ils se croisent tous les jours dans le bus. Lui, toujours également plongé dans son bouquin, il ne la voit même pas. Elle serait capable de le poursuivre juste pour lui demander ce qu’il pense du bouquin… puis voir ce que ça donne…
Mais il ne lui plaît pas. Dommage.
8h33
Arrêt Donelière.
Il monte. Il est mignon. Vraiment.
Il a l’air d’être espagnol. Oui oui, il doit être espagnol.
Puis son téléphone sonne.
Il répond en français.
Pas d’accent. Il n’est pas espagnol.
N’empêche que… Il est très mignon. Quand même.
‘Faudrait trouver une manière de lui parler.
Il faut une bonne argumentation…
Déjà il faudrait attraper son regard.
Il faut devenir intéressante pour lui.
Elle y songe. Pas simple. Bon défi pour les prochaines matinées.
Au même arrêt est montée aussi la grosse black aux expressions sympas. Elle est drôle. Ça donne envie de la regarder sans la laisser un instant du regard. Spontaneité. C’est le bon mot.
La grosse black sourit et bidouille avec son portable. Une grosse black bien grosse, mais sans aucune honte, elle est juste très bien, très dans sa peau. Ça donne envie de se sentir à l’aise. Et puis sourire avec auto-ironie.
8h37
La Plesse.
Elle prend son portable. Elle écrit un texto.
Elle relis. Pas de fautes.
Apparemment.
Il y en aura surement.
Tant pis.
“Message envoyé”.
Sourire. Malin.
8h40
La Forge.
Un gamin monte. Et puis il regarde en arrière : il salue une gamine du même age. Une blonde. Il est fou d’elle. Ça se voit clairement. Il lui sourit docile avec une expression lèvement bête et il ne comprend rien. La gamine a les yeux malins, elle sait très bien qu’elle plaît. Putain… déjà tout compris à la vie, la gamine. Dans 10 ans elle lui brisera le cœur, c’est évident. Mais pour l’instant c’est beau, c’est juste beau.
Il y a un bébé dans une poussette. Elle cherche à attraper son regard. Pas facile. Non. Pas facile, il regarde partout, les yeux fous de curiosité, de découverte. Elle le fixe sans arrêt et Elle réussit. Il la regarde et Elle lui sourit. Puis Elle sort sa langue et lui cligne de l’œil. Il reste un peu perplexe. Il a peut-être peur. Il regarde ailleurs en dissimulant. Quel monde pas possible… même pas les gamins sont plus capables de jouer.
Dégoûtée. Elle plonge dans sa musique. Elle regarde à l’exterieur.
La grosse black descend.
Le pseudo-espagnol aussi.
Il reste 4-5 personnes.
8h45
Uttenreuth. Son arrêt imprononçable.
Elle descend. Fière.
Ses descentes sont toujours fières, on ne sait pas pourquoi.
Il fait froid. Il fait humide. Mais il ne fait plus noir.
C’est déjà ça. Déjà ça.

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Informazioni su chiara mazza

Classe '82, sono dottore di ricerca in linguistica, amo le lingue e i viaggi, la psicologia, le filosofie. Mi piacciono soprattutto le parole. E le storie fatte di parole. E i pezzi di parola che fanno le storie. E il parmigiano. A scaglie, con l'aceto balsamico sopra.

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