Charges

J’arrive à Châtelet vers 19h. Je suis même pas allée à la manif. J’y crois plus trop.
Je suis plus la même que quand j’avais 15 ans, aller aux manifs était ce qu’il y avait de plus cool et puis on allait changer le monde pour de vrai, une fois pour toutes.
Là, oui, c’est bien d’aller aux manifs si l’on a envie de faire groupe, si l’on veut se sentir faire partie de quelque chose, si l’on a besoin de trouver le courage, mais sinon… c’est bien clair que l’on va pas changer le monde. En tout cas pas comme ça. Et puis ça risque d’être la déception. Et s’il n’y a pas assez de monde ? Et si je ne me sens pas du tout faire partie de ce groupe ?
En tout cas j’y passe. Juste pour voir.
19h et ils sont toujours là.
La police a encerclé des ivoiriens au centre de la place du Châtelet.
Les flics n’ont pas l’air cool. Pas du tout. Ils ont envie de taper. Ils ont carrement envie de taper.
J’observe.
Ça me plaît pas du tout.
Ça fait peur.
Ce sont ceux qui sont censés me proteger. Bien. Moi, ça me fait peur.
Je passe dans la rue presque par hazard et j’ai peur des flics.
Je fais un tour parmi le manifestants. Je cherche à comprendre ce qui s’est passé, s’il y a des violents, s’il y a eu quelque chose qui a fait monter la tension comme ça. Les flics avec leurs matraques qui tapotent sur leurs jambes. Ok, calmement, mais ils tapotent quand même.
Rien du tout. Parmi les manifestants il y a rien du tout. Il y a même des familles entières, gamins et tout. Quelqu’un chante, quelqu’un joue de la musique, quelqu’un sourit. Ils dépassent pas la centaine. Les flics sont presque plus qu’eux.
Si l’on attend une demi heure il y aura plus personne, tout le monde sera parti prendre son apéro et la fête finie. Mais non… les flics ont envie de charger.
Et ils chargent. Ils avancent entre les sifflement des gens étonnés.
Je coure, j’ai peur.
C’était pas du tout dans le plan de la soirée de me faire charger.
Et ils chargent encore.
Et je pense que j’en ai pas envie, mais je reste. Je veux voir. Ça me paraît trop incroyable : 50 manifestants pacifiques et les flics qui chargent juste pour libérer le traffic. J’allucine.
Et puis je pense que ça donne envie de leur donner un motif pour charger. Un vrai, je veux dire. Puis je pense que c’est pas mon style et que j’espère aussi que ça ne soit pas le style de personne ici.
Et puis ils chargent une dernière fois. Ils sont ridicules. Tout le monde part prendre son apéro et puis la fête finie.
Moi, j’allucine.
Je me promène par Paris et j’ai peur des flics. Bien. C’est un beau monde. Vraiment beau.

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Informazioni su chiara mazza

Classe '82, sono dottore di ricerca in linguistica, amo le lingue e i viaggi, la psicologia, le filosofie. Mi piacciono soprattutto le parole. E le storie fatte di parole. E i pezzi di parola che fanno le storie. E il parmigiano. A scaglie, con l'aceto balsamico sopra.

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